Dynamiques agraires et dégradation des terres dans les régions de montagne au Maroc

Dynamiques agraires et dégradation des terres dans les régions de montagne au Maroc, la perspective d’un développement durable








 Photo 4 - Ravinement sur sols rouges dans la région de Tlemcen (Algérie). [cliché : B. MORSLI]





https://drive.google.com/file/d/0B3_0MxSwg-e5clg2U3k3UVhKQ2s/edit?usp=sharing








Abdeîla LAOUINA


Définie comme région d’altitude supérieure à 500 m et constituée de reliefs aux pentes raides, la montagne couvre 21 % du territoire national et se subdivise en masses étendues (Rif, Moyen, haut, et Anti Atlas) et en massifs isolés (Bni Snassen, Chaîne de Jérada, Jbilet, Zerhoun, Zalarh). Elle concerne[2] 10 régions sur les 16 que compte le pays, 31 provinces sur 71, 600 communes rurales sur 1298 et 63 municipalités sur 249.

La montagne joue d’importants rôles climatiques (extension vers le sud du système méditerranéen et barrière aux influences sahariennes), hydrologiques (château d’eau du Maroc), écologiques (conservation de la biodiversité et du couvert végétal) et humains (capital culturel et foyer démographique, avec plus du quart de la population totale du pays et de fortes densités).

Le sous-équipement de la montagne est pourtant manifeste. Alors que F électrification touche la moitié des foyers marocains, ce taux n’excède pas 25 % dans la région de Taza-Al Hoceima-Taounate (Rif central et Moyen Atlas oriental). Le taux de foyers raccordés à l’eau, dans cette même région est de 21 %, alors qu’il atteint 44 % à l’échelle nationale. C’est dans les régions montagneuses que la couverture sanitaire est la plus faible (1 médecin pour près de 1100 h à Azilal contre un taux 4 fois meilleur à l’échelle du pays), que l’analphabétisme est le plus accusé (67 % dans la région de Taza-Al Hoceima- Taounate) et que le réseau routier est le moins dense.

La montagne marocaine se caractérise par la grande diversité des milieux, des situations hydro-dynamiques, des enchaînements de processus, des situations sociales et des systèmes de production. On peut globalement opposer en montagne, des milieux où la gestion de l’eau est le but recherché par l’action de l’homme, soit à cause de sa rareté, soit en raison de ses excès et de ses effets de dégradation, et des milieux où l’espace agricole constitue l’urgence première du fait de son caractère étriqué.

Au nord, la chaîne rifaine s'étend en un arc de cercle de l'Océan atlantique, à la basse Moulouya et domine la Méditerranée par une côte rocheuse; vers le Sud, il s'abaisse progressivement à travers les collines prérifaines. Peu élevé, le Rif est très compartimenté avec des vallées encaissées, courtes et étroites, notamment sur le versant méditerranéen et des massifs aux pentes raides, très incisées par l'érosion. Il en résulte de lourdes difficultés pour les cultures, pour l'équipement routier comme pour le développement de centres urbains souvent perchés sur des reliefs abrupts. Le versant atlantique du Rif, constitué de moyennes montagnes et de collines est très arrosé ; il est aussi très peuplé et l'arboriculture y est importante. Le versant méditerranéen et la partie orientale sont beaucoup plus secs. Dans cette chaîne, les forêts sont souvent dégradées en maquis. Fortement peuplé, le Rif est une région d'émigration.

La dorsale atlasique constitue un ensemble élevé et massif, allongé sur plus de 700 km sur 150 à 300 km de largeur. Les Haut et Moyen Atlas, montagnes jeunes, possèdent les plus hauts sommets. Les reliefs élevés, les vallées étroites et profondes rendent difficiles la vie et les communications. Mais ces montagnes, particulièrement le Haut Atlas central et le Moyen Atlas sont riches en eau : convenablement arrosées, enneigées en hiver, elles sont couvertes de forêts et de pâturages et l’étagement bioclimatique et agro-pastoral est remarquable, puisqu’on passe d’un milieu steppique sur le piémont, irrigué par les sources et les oueds issus de la montagne, à un milieu semi-aride à subhumide forestier où se concentrent les douars et l’agriculture en terrasses, puis à un milieu de haute montagne nivale et rocheuse garnie de prairies, parcours saisonniers des troupeaux transhumants. Le contraste entre les versants nord et sud est par ailleurs frappant. Exploitant de petits champs irrigués dans les fonds de vallées, secs sur les versants, les agriculteurs produisent des céréales, des légumes et des fruits. Le bétail, envoyé l'été sur les pâturages sommitaux, est gardé l'hiver dans les vallées abritées, à proximité des douars. Les déplacements des populations et du bétail sont plus ou moins longs. Dans les Haut et Anti Atlas occidentaux, seuls les troupeaux se déplacent sous la conduite des bergers. Le Moyen Atlas et le du Haut Atlas oriental sont davantage tournés vers l'élevage : des transhumants fréquentent les pâturages d'altitude avec des mouvements de plus grande ampleur, ce qui suppose des accords avec les populations voisines. Les complémentarités agraires et pastorales basées sur la solidarité des groupes connaissent des effets de dislocation avec de plus en plus une utilisation spécifique de chacun des milieux. L'insuffisance des ressources pour une population en forte augmentation explique l'importante émigration ; ainsi, des terres inaccessibles sont abandonnées.

Les montagnes sont plus ou moins élevées et disséquées et représentent un milieu très difficile, car les conditions de relief et de climat imposent des contraintes particulières, alors que la population est souvent trop nombreuse pour les ressources locales. Par ailleurs, vu son inaccessibilité, la montagne est restée délaissée et n'a connu de réels efforts d'aménagement de la part des pouvoirs publics, que dans la mesure où ces efforts contribuaient à résoudre les problèmes des plaines voisines, notamment à protéger celles-ci contre les inondations et à garantir l’alimentation en eau des villes et des périmètres irrigués.

La montagne est constituée de milieux plus ou moins stables, où la population est dense en raison de l'occupation ancienne; l'effort de production a souvent été mené en conformité avec les possibilités de l'environnement, mais la densification récente de l'habitat, à la suite de la colonisation des plaines voisines, a coupé le cordon ombilical qui reliait montagnes et bas pays. Dès lors, la complémentarité de ressources entre ces deux terroirs n'était plus possible ce qui explique des excès de prélèvement sur les ressources de l'amont. La domanialisation de la forêt et du matorral a par ailleurs été mal acceptée et a sans doute entraîné une sur-exploitation des ressources végétales et des sois. Actuellement, les ressources en eau et notamment les nappes souterraines des piémonts, connaissent les effets du sur-pompage, responsables du tarissement de nombreuses sources ou khettaras et de plusieurs cours d'eau.

Les régions de montagne vivent une contradiction permanente entre l'importance quantitative et qualitative des besoins et le faible niveau de valorisation des ressources. Des ressources inestimables et variées sont soumises à de fortes contraintes et sont donc facilement destructibles. Les politiques d'intervention se sont focalisées sur la dégradation des terres et des eaux et n'ont souvent pas réglé les problèmes fondamentaux de ces régions marginalisées, comme le problème d'enclavement de zones entières ou celui de la dévalorisation de l’économie agricole. Or, la montagne ne peut vivre sur ses ressources particulières, avec les densités qu'elle enregistre. La protection du Patrimoine naturel et génétique diversifié de ces montagnes est une priorité nationale. Par ailleurs, ces hauteurs sont le château d'eau des plaines fertiles et fortement urbanisées; le besoin en protection des eaux et des sols est devenu un besoin vital, pour garantir la réduction des taux d'envasement et la conservation d'une bonne qualité des eaux. 





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