Géographie générale et géographies régionales


Géographie générale et géographies régionales










Autant l'idée que se fait un nouveau bachelier est claire de l'histoire ou de la géologie, autant l'image qu'il a de la géographie est floue et peu claire du fait de sa présentation souvent déformée et sommaire, de part sa nature et de la pluralité des paradigmes.





I - Géographie générale et géographies régionales



La géographie générale classe les phénomènes et cherche les règles générales qui les régissent. Elle confronte un élément placé dans son contexte global à d'autres phénomènes de même nature. Elle a une demande sectorielle mais synthétique et étudie ce qui est général.



La géographie régionale recherche en quoi chaque combinaison régionale est originale. C'est la science de ce qui est unique et de ce qui ne se répète pas comme celle de l'histoire : " la science des choses qui ne se répètent pas" (P Valéry).



Elle s'attache aux spécificités et aux individualités à travers les combinaisons spatiales. Elle confronte le même élément avec les éléments de nature différente qui lui sont associés dans la même région.



"Placer sous les yeux l'ensemble des traits qui caractérisent une contrée, afin de permettre à l'esprit d'établir une liaison, c'est en effet, dans cette liaison que consiste l'explication géographie d'une contrée" (V de la Blache, 1948).



C'est cette combinaison qui est au coeur de la géographie régionale, en ce qu'elle a de spécifique et d'original: " la géographie prend la combinaison pour l'objet même de son étude" (A Cholley, 1948). La géographie régionale est vue comme le couronnement : "la géographie régionale est l'essence de la géographie" (A Cholley)[1].



Pour Meynier "est géographique ce qui met en rapport les uns avec les autres des faits spatiaux". Quant à Le Lannou "le couronnement de nos travaux, c'est bien la géographie régionale"[2], la primauté de la géographie régionale est sans conteste.





La géographie régionale est l'étude synthétique d'une portion de l'espace, la recherche de la manière dont elle est organisée.



- Elle est loin d'être un inventaire. Dans l'organisation de l'espace, tous les éléments n'interviennent pas de la même manière et n'ont pas la même importance. Certains faits sont structurants et déterminent les grandes trames de l'organisation spatiale alors que d'autres constituent des éléments secondaires et de background.



- La simple description individuelle d'une région n'est pas féconde et n'a pas de valeur singulière. C'est pourquoi, la confrontation, la comparaison constituent une nécessité. La description est devenue souvent une affaire de style (R Brunet, p 13). à tel point que Birot écrivait "la géographie régionale est plus un art qu'une science"[3] une sorte d'humanisme selon P Claval.



Cette confrontation régionale nécessite qu'on tienne compte des différents éléments qui entrent en jeu. C'est pourquoi, on se limite très souvent à un seul pays pour ne pas disperser les efforts. La confrontation des différentes organisations spatiales dans un territoire permet de saisir le pourquoi et le comment de ces organisations.





Deux démarches se présentent pour procéder à la régionalisation: l'une est descendante, la seconde est ascendante :



* Le niveau territorial puis régional : Cette démarche permet d'étudier l'organisation spatiale générale afin de mettre la région dans son contexte global et descendre par la suite à l'étude régionale qui exige un niveau de détails plus élevé.



Analyse territoriale générale ------------- Régionalisation ---------- Régions





* Le niveau régional directement : Cette démarche suppose que les différents traits de l'espace national ainsi que les critères de régionalisation sont déjà connus. Elle part du particulier pour aboutir au général et exige beaucoup de temps mais elle est plus efficace:



Analyse locale ------------ Régionalisation ------------ Territoire national





La tendance actuelle est celle de la généralisation de la géographie régionale donnant lieu à la géographie régionale comparée et la systémisation de la géographie générale où les deux branches seraient complémentaires: la géographie régionale serait le champ d'application de la géographie générale qui est alimentée par cette première.



i - La variété des combinaisons régionales et locales entraîne une variété de la méthode qui fait qu'en géographie régionale, il n'y pas de méthode unique.



ii - La géographie régionale porte surtout sur les rapports , les interrelations et les liaisons des éléments et non sur les éléments eux mêmes ce qui rejoint l'approche déductive.



iii - La géographie régionale doit différencier ce qui est commun et ce qui est original: ces deux volets doivent être partout présents à la fois car le premier est le propre de la géographie générale tandis que le second aboutit à une monographie individuelle sans grand apport.



iv - Elle met en relief les relations immédiates et médiates. ce sont ces dernières qui sont les plus fréquentes et c'est pourquoi les relations sont assez complexes pour être déterministes et linéaires.



v - L'accent doit être mis sur les inter-relations et la nature des relations, plutôt que sur la causalité primaire relevant de la métaphysique.





La géographie régionale se présente comme "la géographie par excellence", la forme la plus fine de la géographie. Elle constitue la synthèse de la géographie générale dont la tâche est de fournir les éléments nécessaires pour analyser et étudier la région et les entités régionales. Chaque volet se forge une discipline à part : la population, la campagne, la ville, le relief, le climat, les eaux, la végétation, le sol, l'industrie, le transport...



C'est surtout l'école française qui a été très marquée par la centralité de la géographie régionale sous l'effet de Vidal de la Blache qui a marqué les travaux postérieurs de ses disciples et élèves en France et dans les pays colonisés contrairement aux autres écoles comme l'école allemande qui a été historiquement la première du monde mais fut marquée à un certain moment par la géopolitique.



C'est cette géographie qui fait le point d'intersection entre la géographie scolaire et les travaux universitaires sous forme de thèse. La première se nourrit de la seconde qui se reproduit d'elle-même.



Vidal de La Blache (1845-1918) est considéré comme le père de la géographie française a donné le ton à la région et la géographie régionale qui va donner lieu à de très belles thèses et d'excellentes monographies régionales. Avec le "Tableau de la géographie de la France" (1905), Vidal de la Blache mit en place le schéma et le modèle de l'analyse géographique repris par ses successeurs et disciples. Il a influencé la conception des 20 tomes de la Géographie Universelle (A Colin) qui vient d'être reprise tout récemment sous une autre forme par le groupe GIP-RECLUS de Montpellier.



Il a introduit l'idée de la description régionale détaillée et approfondie comme la forme la plus fine du savoir géographique. Le paysage est le résultat d'une longue évolution historique où se sont enchevêtrées les données de la nature avec celles de l'histoire évacuant le récent qui se profilait à l'époque et allait être l'élément central: le volet socio-économique et le fait industrialo-urbain. Il accorda de l'importance aux permanences, à l'invariance et aux héritages. Le visible retient tout l'intérêt compte tenu des méthodes d'investigation de l'époque, d'où la centralité du naturel et du paysage, à la fois visibles et d'évolution lente.



Dans cette investigation, on cherche l'individualité de l'entité régionale, l'unicité et l'unité de la région. En refusant le déterminisme, De la Blache a ouvert la porte au possibilisme, à un rôle plus important à l'histoire et aux adaptations de l'homme à son milieu naturel pour rendre compte des multiples formes d'aménagement tout en évacuant l'apport de la révolution industrielle.



C'est l'homme-habitant (Y. Lacoste, 1977, p 51) qui se trouve au centre de cette problématique régionale et c'est en termes de rapports homme-milieu que se posait le discours géographique. Les rapports sociaux sont évacués tandis que la campagne et l'agriculture accaparent la place aux dépens de la ville et de l'activité urbaine qui ne sont analysées qu'en terme de site. La géographie n'est-elle pas cette "science des lieux et non des hommes" assurant ainsi la rupture avec les sciences sociales tout en élargissant le recours des faits humains. La géographie humaine est l'étude des formes d'habitat et la répartition spatiale de la population selon Vidal de la Blache plaçant ainsi les faits humains dans la dépendance des faits physiques. Ces lieux sont physiques avant tout et la problématique de l'études des faits humains relève plutôt des sciences physiques ?.



Les successeurs ont procédé selon le même modèle en complétant l'analyse des villes ou des activités urbaines qui se sont développées depuis et en particulier lors de cette seconde moitié du siècle.. Chaque nouveau docteur promis a déjà entaillé une portion , il passe pour celui qui connaît le mieux sa région?. On est spécialiste d'une région...



La description très fine des agencements régionaux, l'analyse profonde de l'articulation des données humaines avec celles de la nature font que la région apparaît comme une individualité propre, unique et donnée en tant que telle d'emblée comme si elle a toujours existé avec le même contenu et limites.



L'analyse d'un pays consiste alors à présenter ses différentes composantes: les régions dont le fondement est avant tout naturel puis historique. Ces mêmes régions sont composées d'entités plus petites dues à des nuances de relief ou de climat... Evacuant le politique, le schéma ne soulève pas de critique et connut une diffusion large de par le monde à travers l'école française.



La géographie régionale se présente comme un humanisme, une réflexion sur l'action humaine dans son rapport avec la nature. C'est une synthèse des données physiques et humaines et de là se présente comme le discours géographique le plus raffiné.



Le paradigme de la géographie régionale impose un point de vue, comme un découpage spatial qui s'impose et empêche de voir l'espace autrement. On parle ainsi du Tell comme une entité incontournable ou unique... Le problème de la spatialité différentielle est évacué alors qu'il devient de plus déterminant et central.



La problématique centrale de la géographie régionale est de considérer la région comme unique, tout le savoir géographique est mis au service de cette unicité et cette unité mobilisant nature et histoire en évacuant probablement ce qui peut être le plus fécond: c'est à dire ce qui en commun avec les autres régions . En fait, nul n'échappe à sa spécificité et Vidal de la Blache parlait de physionomie pour dire paysage et on sait l'importance du visage...



Ce découpage qui passe pour être comme l'unique, n'est en réalité qu'une manière de voir les choses, un filtre qui n'appréhende que certains faits, une échelle spatiale qui privilégie la nature. C'est cette prétendue synthèse qui a fait la gloire de cette école.



Cette manière de voir se trouve de nos jours relayée par une autre problématique : en prenant en compte les données socio-économiques le paysage laisse de plus en plus de la place au profit des données produites par des instances étatiques à travers les recensements ou les enquêtes qui s'inscrivent forcément dans un découpage administratif.



La place accordée aux phénomènes socio-économiques débouche sur une autre géographie régionale, celle des ensembles territoriaux politico-administratifs dont le découpage est pris comme tel sans discussion. La multiplicité et la diversité des données, la difficulté de mener de telles enquêtes et la rapidité des changements font qu'on tombe dans un autre piège, non pas celui de la nature ou de l'histoire mais celui de la production des données.



La facilité de l'un comme de l'autre fait qu'on se réfère à un découpage qui a été figé depuis fort longtemps et n'a plus sa raison d'être ou un découpage dicté par l'impératif d'encadrement beaucoup plus que de fonctionnement.



Le problème de limite est peu important, moins en tout cas que le contenu régional, les nuances sous-régionales. La région est devenue un concept-obstacle (Y Lacoste, 1977, p 58) qui empêche de voir, considérer d'autres découpages. Cette problématique est tellement répandue et diffusée qu'elle s'impose comme l'unique puisqu'elle évacue le politique mais elle peut être aussi le support de tout un mouvement politique : le régionalisme... Ce mouvement peut être considéré comme une réaction à cette spatialité différentielle qui touche la vie quotidienne



Comme chaque région est une donnée de départ et non définie au terme d'une analyse spatiale, la démarche consiste à observer cet espace original et unique en soi dans le pays et dans le monde, ses spécificités qui le rendent différent des régions qui l'entourent.



On n'a qu'à " lire le grand livre de la nature" sans se soucier des illusions de l'empirisme et du savoir immédiat qui conduisent à la partialité à commencer par les limites de la région qui se trouvent définies d'emblée au départ. C'est le contenu qui importe beaucoup plus que les limites oubliant que l'un et l'autre sont en bon rapport.



Cette géographie régionale se présente comme l'expression de l'unité de la géographie, la problématique fondatrice de la discipline en assurant la synthèse et la jonction du physique et de l'humain. Cette synthèse n'est en fait qu'une simple énumération des divers éléments empruntés à diverses disciplines. Cette charpente provient de la rupture qui caractérise la géographie générale qui connaît deux processus:

- La séparation de plus en plus poussée de la géographie physique et de la géographie humaine.

- La spécialisation poussée des différentes disciplines de la géographie au sein même de cette grande coupure.





Cette coupure rend l'analyse des interactions de plus en plus difficile et artificielle et pose un problème épistémologique quant à la géographie mais aussi à l'emprunt.







Quelques définitions de la région



" La région est une fraction de la surface terrestre s'inscrivant dans un cadre naturel qui peut être soit homogène soit diversifié, qui a été aménagé par des collectivités, liées entre elles par des relations de complémentarité et qui s'organisent autour d'un ou de plusieurs centres mais qui dépendent d'un ensemble plus vaste " . (B. Kayser, in La géographie active, PUF, 1964).

"Les villes et les routes sont des initiatrices d'unité qui créent des solidarités des contrées" .

(Vidal de la Blache)

" La région correspond à l'aire d'extension d'un paysage "

(Max Sorre)

"La géographie est science de la différence et de l'unité appréhendées dans les limites imposées par la nature ou héritées des constructions de l'histoire" .

(P George, Préface à "Problématiques de la Géographie, Isnard H, Racine J.B et Reymond H, PUF, Le géographe, 262p, 1981, p 10)

"La géographie est avant tout régionale parce qu'elle est science de la différence et de l'unité appréhendées dans les limites imposées par la nature ou héritées des constructions de l'histoire"

(P George, Préface à "Problématiques de la Géographie, Isnard H, Racine J.B et Reymond H, PUF, Le géographe, 262p, 1981, p 10)





II - La région : concept, fondements et limites



La notion de région est un terme d'acception générale qui a été employé à tort et à travers partout dans le monde suivant des critères fort variés faute de termes adéquats d'où la confusion (intentionnelle ou non) entre région, espace, zone... Le cadre est très différent tant par la nature que par la dimension.



Elle est présentée tantôt comme un territoire à uniformité naturelle, ethnique ou économique; tantôt comme un District historique qui ne correspond plus à aucune réalité actuelle, surtout dans les régions d'occupation ancienne et supportent des mouvements politico-idéologiques; tantôt comme un espace de développement sous forme de région-programme ou de région-plan.





1 - L'uniformité



Elle repose sur la notion de paysage (combinaison de traits physiques et humains donnant à un espace une physionomie propre homogène. La région serait "une harmonie entre la nature et les réalisations humaines" écrivait de la Blache. Cette notion centrale de paysage a donné lieu à toute une série de thèses et d'études consacrées aux régions.

Le paysage exprime l'état momentané de certains rapports d'un équilibre , instable, entre conditions naturelles, techniques et économiques. La force d'inertie des formes d'organisation confère au paysage une relative permanence.

Pour Max Sorre (1957), la région est "l'aire d'extension d'un paysage géographique". Cette idée bute devant des obstacles lorsqu'il s'agit de régions sous-développés ou très complexes où il n' y a pas de stabilité entre les faits physiques et humains" (Birot 1949, Sorre 1961) devant la complexification croissante des structures, la disparition des genres de vie, le développement des échanges et d l'inter-dépendance.



Plusieurs critères sont utilisés dans le découpage régional . On peut citer les critères physiques (le relief, le climat...), humains (l'histoire avec la notion de pays, le système de culture,, les genres de vie...) ou économiques (régions minières, industrielles, agricoles;..).





2 - La fonctionnalité



Max Sorre (1961) indiquait déjà que le développement économique et social détermine une hiérarchie, que chaque région a une fonction . Le paysage n'est pas le cadre unique de régionalisation notamment dans les pays industrialisés où l'uniformité est limitée et rare, voire absente. La complémentarité devient la règle alors qu'elle suppose la différenciation et la spécialisation, l'uniformité est plutôt cachée (flux, décisions, ordres, information, capitaux...).

Il y a inversion de l'approche et ce qui était voilée devient central (les relations) tandis que ce qui était évident (paysage...) est relégué en seconde position.

La notion centrale est la cohésion au lieu de l'uniformité et du paysage, la complémentarité, l'interdépendance et la fonctionnalité: c'est la région fonctionnelle qui se forme et évolue autour d'un centre de gravité formé souvent par une grande ville.

L'espace devient une juxtaposition de champs fonctionnels (et non d'aires uniformes) autour de pôles (ville, industrie, marché...) soudés par des flux divers et dissymétriques qui expriment les rapports privilégiés entre les lieux. Ces forces se localisent à des points précis, dans des noeuds particuliers se situant à plusieurs échelles allant du village à la métropole.

La région fonctionnelle est en cours de construction, c'est un processus. Elle se fonde sur la vie de relation où le centre et les réseaux , les noeuds jouent plus d'importance que les limites contrairement à la région homogène où les limites sont au centre de la démarche et de l'approche. La région homogène est un résultat de fin de parcours, de toute une histoire qui explique la formation séculaire ou millénaire du paysage, de la région naturelle ou historique...

L'analyse régionale se fonde sur la recherche de hiérarchies, l'intensité et la nature des flux et des liens au lieu de l'identification des espaces homogènes (Christaller, J Labasse, M Rochefort...).



Sur cette base, on peut distinguer plusieurs types de régions fonctionnelles, les plus importants sont :

- la région urbaine : c'est une région où le fait urbain domine

- la région industrielle où l'industrie domine.

- la région économique où le facteur marché-rentabilité intervient pour fixer la taille et les limites.



3 - La région-programme



C'est une région où on décide un aménagement volontaire du territoire ou un programme de développement régional du fait de la communauté des problèmes ou de leur solution ou par une action coordonnée à partir d'un certain point.



Une région-programme peut correspondre à une région homogène (steppes, sud tunisien, oasis...), polarisée (couronne de Tunis...) ou combinant les deux.



La réalité est cependant différente des trois schémas théoriques et de nombreux espaces échappent à ces trois modèles dans la mesure où :

* Dans la plupart des pays en voie de développement en particulier, les rapports homme-milieu n'ont pas atteint le stade d'équilibre qui se manifeste à travers le paysage.

* Les fonctions sont souvent insuffisantes pour pouvoir organiser des régions cohérentes, les villes ont elles-mêmes dépendantes et n'arrivent pas à former des régions ou des espaces propres.

* La maîtrise de la nature est encore faible et les forces naturelles y jouent donc un rôle de première place.





Pour être pratique, la région doit être de portée générale, souple et applicable à la majorité des cas réels. C'est pour cela qu'une troisième alternative est de plus en plus utilisée. Elle rallie à la fois, le paysage et la fonctionnalité: "la région est toute portion de l'espace constituant un ensemble présentant une certaine unité, telle que entre les parties de la région, il existe moins de différences qu'avec les autres parties" d'une part et où les relations entre les parties sont fortes qui sont plus fortes qu'avec un autre élément".



La région définie comme telle, réunit à la fois les critères d'uniformité et de fonctionnalité, elle peut être généralisée à tout portion de l'espace.



La région, en tant que entité socio-politique, vient au second rang après l'Etat (région, province italienne, Land allemand, Supersovnarkhoze dans l'ex-Urss...). La dimension varie d'un pays à un autre et il n'y a pas de critère fixe de taille.



La région est dotée d'une certaine auto-suffisance relative. Les principaux services et fonctions y sont présents assurant la satisfaction des besoins des habitants, autour d'une métropole assurant la coordination, le rôle moteur et la redistribution et la régulation. Le recours à l'échelon supérieur est spécialisé et exceptionnel. La métropole est relayée par des centres . La région est donc un espace organisé par une métropole et ses relais. "C'est le dernier niveau auquel se structurent et se coordonnent les différentes forces intervenant dans la vie économique et sociale, avant le niveau national" (E Juillard).



La notion de région est liée à celle d'armature urbaine, ou plutôt de réseau urbain. Son contenu varie avec le niveau de développement économique et les techniques. Sa dimension est variable dans le temps et dans l'espace.



4 - La région, cadre mobile et général



La région n'est pas une réalité figée , elle varie dans le temps et dans l'espace en fonction du niveau de développement, des progrès des transports, des échanges et de la circulation. Les pays de la France du XVIII° siècle ont donné lieu aux Départements en 1790 mais ce n'est qu'avec la révolution industrielle et celle des transports que le champ s'est agrandi et certains centres se sont émergés, organisant de vastes espaces comme Lyon, Bordeaux, Marseille... L'intégration européenne est en passe de donner lieu à de vastes ensembles régionaux dépassant le cadre national de chacun des pays.



Ce cadre varie au sein du même pays, certains centres n'arrivent pas à former des régions alors que d'autres polarisent de vastes régions comme Paris ou Lyon. La zone d'influence peut constituer un critère de délimitation de la région et un pays présente souvent les divers stades de développement et de polarisation : on y trouve des régions historiques, des régions naturelles (plus ou moins intégrées), des régions polarisées ou des régions-programmes comme est le cas de la France ou du Japon (Hokkaido, Kwanto, Kyushu).



Dans les pays neufs, la vie de relation domine et l'organisation régionale a été dès le début très vaste dans la mesure où l'orientation est externe. Dans ces pays, la maîtrise de la nature est forte et l'intégration élevée et les métropoles actuelles ont pris le pas, dès le début, sur les autres (ports, carrefours, gares...), les satellites ont souvent vu le jour dans une seconde phase, à la suite des besoins de restructuration.



Dans les pays en voie de développement, le problème est plus complexe car ni le paysage, ni la vie de relation ne permettent de donner une définition précise de la région. Devant l'absence de réseau urbain, l'homogénéité des conditions naturelles au Sénégal, Pelissier a utilisé les groupes ethniques. Dans ces pays, la présence de secteurs enclavés et de genres de vie anciens laisse de côté tout le problème de régionalisation.





5 - Région géographique et région économique



La région économique est un espace abstrait qui repose sur le jeu de forces a-spatiales. Ces forces peuvent être dans d'autres pays ou continents et de là, la région économique est formée d'espaces non forcément contigus et limitrophes, elle a des dimensions instables difficiles à cerner (F Perroux). Cette difficulté fait que la région économique est difficile à cerner et se trouve peu étudiée.



La région géographique est, à l'opposé, un espace concret continu et contigu, un cadre de vie spatial et fonctionnel dont la cohésion est assurée par la vie de relation aux différents niveaux du quartier rural (R Brunet) aux espaces multinationaux (P Claval). C'est au niveau intermédiaire que se situe la géographie régionale.



Cette cohésion régionale se mesure plutôt en termes de communications et de consommation que de production à l'instar de la zone d'influence. La région évolue ainsi en fonction du niveau de cette consommation (rayonnement, accessibilité, seuil de marché...). C'est une réalité avant d'être une division administrative ou de planification.



Etant une réalité, la région prend une dimension donnée qui est fonction du niveau de développement trahissant les limites naturelles et administratives. Cette dimension est fonction de la densité, de la capacité de consommation et du niveau de la circulation. L'évolution peut être freinée par certains facteurs physiques, politiques ou sociaux. Cette évolution varie dans le temps (Tunisie du XIX° siècle, les années 1960 ou 1990, la France du XVIII°, XIX° et des années 1960-70...) et dans l'espace .



La gabarit (E Juillard) sert de mesurer les inégalités : le Massif Central, la Bretagne, la région Bordelaise, le Lyonnais, la région parisienne en France, les régions de l'Europe Rhénane, le sud Kyushu, le Nord Kyushu , la Mer Intérieure, le Kanto, la Mégalopolis au Japon; les Mogods, les Steppes, Tunis ou le Sahel en Tunisie...





II - Méthodes d'étude régionale



On peut distinguer en gros trois méthodes d'étude régionale: l'étude de la genèse, la recherche de modèle ou l'étude de la dynamique :



1 - L'étude de la genèse : C'est une approche qui consiste à reconstituer la genèse de l'espace régional. C'est une approche génético-historique dont le but est d'expliquer l'état actuel par le passé en se basant sur certaines méthodes dont la plus importante est celle de l'armature urbaine (accessibilité, horizons migratoires, pôles industriels, axes de circulation...) plusieurs études ont reconstitué pas à pas la formation de ces espaces.

2 - La recherche de modèle : Il s'agit de relever la structure originale de la région à travers la recherche d'un modèle (statistique, systémique ou graphique) qui restitue la formation , le fonctionnement ou l'évolution (Brunet, Claval, Dalmasso, Massonie, Berry...).

3 - L'analyse de la dynamique régionale : L'étude se situe ici dans le temps et cherche à déceler les traits majeurs de la dynamique régionale débouchant souvent sur la prospective et la modélisation systémique.



Ces approches sont complémentaires et chacune s'appuie sur la précédente.





1 - Les critères de régionalisation



Les critères de régionalisation sont l'ensemble des aspects retenus comme base de définition et de classification. ces critères sont variés et multiples et c'est la combinaison de ces critères qui permet la régionalisation. Ils varient en fonction de plusieurs critères :



1 - L'espace : l'homogénéité de l'espace, son degré de développement et la complexité des relations déterminent la nature des critères à utiliser.

2 - Le but : Les critères diffèrent lorsqu'il s'agit d'une étude ou d'un plan de développement et d'aménagement.

3 - La dimension de l'espace : Les différences locales et inter-spatiales s'estompent au fur et à mesure que le champs spatial s'agrandit. Plus l'espace est grand, plus le degré de généralisation est élevé. Ainsi, ma région de Tunis à l'échelle du 25.000° voit apparaître chaque zone individualisée et la médina a ses propres traits. A l'échelle de 100.000°, le centre apparaît mais à une échelle de la Tunisie au 1/1000.000°, la région tunisoise apparaît comme un tout-ensemble. Sur un autre plan, plus l'échelle est grande et plus les critères à utiliser sont nombreux.

4 - Le thème : Plus le thème est global et général, plus on a affaire à des critères synthétiques de régionalisation. Lorsque le thème est très précis ou sectoriel, les critères sont très précis et détaillés : croquis industriel, cultures irriguées...





2 - La démarche



Si l'on exclut la démarche empirique, on peut distinguer deux principales approches de régionalisation :



1 - La superposition de limites : Il s'agit d'identifier plusieurs limites relatives aux différents champs, services et flux (circulation, capitaux, migration, production...) et d'en superposer les limites. La limite médiane est souvent utilisée.

C'est un procédé rapide mais a l'inconvénient d'identifier seulement le coeur et le noyau de la région. Les marges sont floues et posent problème. Sinnhuber (1954) a cherché à identifier l'Europe Centrale à partir de 16 livres: seule l'Ibérie n'a pas été rattachée mais la zone où tout le monde est d'accord est très réduite : Autriche- Bohème - Moravie. L'utilisation de critères physiques a abouti à une surface plus grande sans offrir une définition adéquate (Haggett, p 275).

En utilisant les lignes médianes, on suppose que tous les critères sont équivalents et ont le même poids ce qui n'est pas réaliste.



2 - L'analyse quantitative repose principalement sur l'analyse de variances et des similitudes. La régionalisation se fonde sur les méthodes classiques de classification (Classification Hiérarchique Ascendante ou Descendante) en intégrant la contrainte de la contiguïté.



3 - Le problème des limites



Une région est définie comme une portion où les relations entre les éléments sont plus importants et plus denses qu'entre un de ces éléments et un autre espace extérieur. La notion de cohésion (au sens de relations resserrées) est centrale. C'est aussi un espace où la similitude est grande.



Pour cela, la limite constitue un seuil important , une ligne de partage (et de passage) entre deux structures différentes, deux processus régulateurs différents. Cette limite combine très souvent plusieurs limites et la ligne de démarcation correspond souvent à une limite décisive et déterminante, plus importante que les autres limites ou elle leu est antécédente.



Les limites sont définies en fonction du contenu régional et non l'inverse. Malheureusement, on constate que très souvent, la démarche contraire est utilisée : on se fixe les limites d'une région donnée et on commence à l'étudier en s'ingéniant de monter qu'elle est différente des autres régions notamment les régions limitrophes, originales, singulière et unique ?. N'est-ce pas là un découpage virtuel ?.

Orientations de lecture



Juillard E - 1970 : La région. Orphys.

Boudeville J - 1970 : Les espaces économiques.

Dollfus O - 1971 : L'espace géographique. Puf. Paris.



[1] - Cf Information géographique 1948, Cf Actes du Congrès du 50° du Laboratoire de Géographie de rennes, p 44.

[2] - Cf Revue de Géographie de Lyon, 1948, p 278-279.

[3] - Birot - 1945 : Le Portugal. A Colin.

المصدر   http://epigeo.voila.net/

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